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Le jour où le mot « désespoir » a prit un autre sens

Profile photo of Eloïse Beaulé

Eloïse Beaulé

Entrepreneur et passionnée du web, Eloïse est aussi maman de 3 garçons dont 2 ont des diagnostics de TDAH. Elle écrit sur sa vie de famille touchée de près par le TDAH depuis 2009 et s'est donné pour mission de guider et d'orienter les familles vers les ressources et les outils pouvant soulager leur quotidien déjà rempli de défis.
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Il a 11 ans et il est incapable de contenir ses colères. On lui dit « rose » et il voit « rouge ». Il a un trouble d’opposition et sait parfaitement sur quel bobo gratter pour vous désarmer.

Ça a commencé par une banale chicane entre frères.  Papa est intervenu comme l’aurait fait n’importe quel parent, il a fait cesser le jeu(ps4) qui causait la chicane.  Puis, notre fils, ne pouvant contenir sa colère face à cette conséquence, est sorti de la maison et c’est errant dans les rues avoisinantes que je l’ai croisé à mon retour de l’épicerie. Armé des clés de la maison et de sa tablette, il faisait la sourde oreille à mes appels. « Qu’est-ce que tu fais dehors? ». Silence.  « Mon grand, qu’est-ce qui se passe? ». Silence. Je suis alors rentrée à la maison me doutant bien qu’une autre crise avait éclaté.

Il est finalement rentré à la maison tout de suite après mon arrivée et voyant que je savais pourquoi il était sorti bouder dehors, il a plaidé son innocence et a accusé la terre entière de s’être ligué contre lui.  Puis dans un élan de vengeance habituel, a déconnecté tous les fils reliant la ps4 à la télé.  Voyant cela, nous avons retiré toutes les bébelles électroniques à sa portée. Sa frustration a monté d’un cran et il a redoublé sa quête de vengeance. Il est alors monté à l’étage pour déconnecter l’ordinateur de son père (son outil de travail).  Nous avons tenté de l’en empêcher mais il a résisté.  La claque est partie (je tiens à préciser qu’on ne tape jamais nos enfants, ce n’est pas dans notre modus operandi habituel mais un moment donné…). Il a hurlé de colère et s’est précipité vers la cuisine, empoignant à nouveau un couteau de cuisine.

Rapidement désarmé, on lui a demandé d’aller se calmer dans sa chambre.  Encore un « NON » bien senti.  Devant notre insistance, il est finalement descendu vers sa chambre en tapant du pied et sur les murs.  Puis, a lancé le panier de vêtements que j’avais soigneusement plié à travers toute la pièce.  Je suis descendue aussitôt, juste à temps pour le rattraper avant qu’il ne s’embarre dans la salle de bain pour faire d’autres bêtises. Je lui ai demandé d’aller dans sa chambre et il a refusé. Son père est descendu à son tour et lui a ordonné d’aller dans sa chambre sinon il allait le prendre par le fond de culotte et l’y amener lui-même. – C’est finalement ce qui est arrivé.

C’est à ce moment bien précis que les fils se sont touchés dans la tête de fiston.  Parce qu’il tapait sur ses meubles avec une tapette à mouches (ce qu’il avait à sa portée!), nous sommes restés sur place craignant qu’il brise autre chose.

– « Si tu brises les meubles de ta chambre, nous ne les remplacerons pas ».

– « Je vous déteste, je veux mourir » qu’il nous a répondu en nous maudissant des yeux.

Il a alors fait ce que tout parent ne souhaite jamais voir, il a empoigné une corde et se l’est mise autour du cou et a serré sans hésitation.  J’étais mortifiée.

Je n’arrivais pas à comprendre ce qui pouvait provoquer autant de désespoir.  Est-ce que c’était encore de la provocation? Est-ce qu’il voulait vraiment mourir? Il veut me faire réagir ou quoi? Je me suis tournée vers mon mari et il était aussi livide que moi.  (Je fais quoi??) Son visage devenait rouge… (Je fais quoi bordel??!!) Son visage était encore plus rouge…  Je n’ai pas hésité une seconde de plus et je suis allé lui retirer la corde du cou.  Il a tenté d’en prendre une autre et se l’est remise au cou, je l’ai retiré aussitôt. Il est monté à l’étage et nous l’avons suivi.  Puis, démolie, je me suis effondrée sur le divan, en larmes.

Dans toute ma vie, je ne pense pas avoir ressenti une si grande douleur. J’étouffais, comme si c’est moi qui avait cette corde autour du cou.  J’étais anéantie. Les entrailles voulaient me sortir du corps, j’avais du mal à respirer… je tentais de me contenir mais j’en était incapable…  « Regarde ce que tu fais à ta mère » s’est exclamé mon mari avant de lui aussi s’effondrer. « Appelle ta mère, on a besoin d’aide » que j’ai finalement réussi à dire à travers mes sanglots.

Elle est rapidement débarquée.  Elle a proposé à notre fils d’aller chez elle mais il a refusé.  Il était comme en transe, il virevoltait, cherchait à sortir de la maison. On tentait de le ramener au calme, mais en vain.  Il a tout de même réussi à se faufiler à l’extérieur.  Nous avons tenté de reprendre nos esprits puis je suis partie à sa recherche.  Mais rien. Il avait disparu. J’étais très inquiète, il faisait froid et il n’était vêtu que d’un t-shirt.  Ma belle-mère nous a suggéré d’appeler la police, que c’était dans les circonstances la seule solution possible. J’ai respiré un grand coup et j’ai composé le 911.

C’est fou ce que ça demande comme courage, vraiment. J’étais terriblement honteuse d’avoir à me rendre jusque là… mais il fallait se rendre à l’évidence, notre fils avait besoin d’aide et nous aussi.

Quand j’ai brièvement raconté mon histoire sur facebook, j’ai été renversée de constater que je nous n’étions pas les seuls à vivre pareille situation. Plusieurs familles vivent aussi d’intenses émotions parce que leur enfant a des comportements qui dépassent l’entendement.  Plusieurs ont dû faire hospitaliser à long terme leur enfant ou à faire intervenir la police à plus d’une occasion. Je ne croyais pas qu’un diagnostic de trouble d’opposition pouvait aller aussi loin… nous avions pourtant fait tout ce qui était possible pour prévenir pareille situation.  Nous avions été 1 an en psychoéducation, nous avions essayé plusieurs interventions pour l’aider à gérer son anxiété, son impulsivité et son hyperactivité. J’ai eu l’impression que nous avions fait tout ça en vain.

Mais ce qui m’a le plus mise en colère, c’est de voir que j’avais lancé un appel au secours pour obtenir de l’aide la semaine précédant la crise. On m’avait refusé cette aide prétextant que je devais en faire la demande formelle et qu’on allait me mettre sur une liste d’attente. Si on avait écouté ma détresse et qu’on avait mis en place des mesures préventives, nous aurions probablement pu éviter ce drame. Éviter de faire appel aux autorités pour qu’ils retrouvent mon fils, éviter qu’il tente de s’enlever la vie, éviter de voir toute ma petite famille brisée.  Mais je le répète, il y a pire que nous.

J’ai écrit mon histoire pas pour attirer un capital de sympathie ou pour m’apitoyer sur mon sort mais bien pour sensibiliser sur ce que vivent vraiment les familles qui vivent avec un enfant ayant un trouble de santé mentale.  C’est complexe, c’est difficile à comprendre et surtout, à gérer au quotidien. On nage littéralement dans l’inconnu. Et on apprend à nager… seul.

Comme parent, contrairement aux spécialistes, nous ne connaissons pas les rudiments d’intervention en santé mentale, mais ce sont nous qui sommes en première ligne. Pas de support, pas de prévention, pas de services. La machine s’allume quand la situation finie par dépasser l’entendement.  Dans une société moderne comme la nôtre, ce n’est pas normal.  J’ai le sentiment profond que le Québec n’est pas un bon parent pour sa future génération.  Avez-vous ce même sentiment?

 

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Eloïse Beaulé

Entrepreneure et passionnée du web, Eloïse est aussi maman de 3 garçons dont 2 ont des diagnostics de TDAH. Elle écrit sur sa vie de famille touchée de près par le TDAH depuis 2009 et s'est donné pour mission de guider et d'orienter les familles vers les ressources et les outils pouvant soulager leur quotidien déjà rempli de défis.

4 thoughts on “Le jour où le mot « désespoir » a prit un autre sens

  1. Votre histoire est similaire à ce qui se passe à la maison. Mon garçon de 9 ans a été diagnostiqué avec un trouble d’anxiété et un trouble de l’opposition le TDA n’a pas encore été diagnostiqué. Ma fille de 8 ans a été diagnostiquée ayant un TDAH avec opposition et impulsivité. Maman 37 ans TDAH, TOC, TPL et impulsivité. Au début je trouvais ça ordinaire d’avoir l’alphabet au complet dans nos diagnostics… mais j’ai appris pour ma part à vivre avec. Cependant, pour mes deux petits chérubins 👼 c’est plus difficile. La pression sociale, les commentaires négatifs ou positifs de leurs camarades de classes, le fait de se faire pointé du doigt n’est pas rose et croyez moi!

    Notre petit a déjà émis le souhait de se suicider que tout le monde le déteste qu’il est nul nul nul… disons que ce n’est pas facile à gérer mais encore plus notre état ne nous outille pas pour faire face à ce genre de situation! Comme vous dites nous sommes seules dans cet océan sans bateau et sans bouées

  2. Quel beau témoignage Éloïse et je suis tellement fière et heureuse que tu aies pris le temps de le partager. D’une part, ça a dû être un soulagement et une thérapie de pouvoir l’exprimer. Effectivement, tu n’es pas la seule à vivre de telles situations. Des trous dans les murs, nous en avons patchés! Tenez bon et ayez confiance en vous-même, sur ce qui se passe dans votre coeur. Écoutez-le, c’est le meilleur remède. xox

  3. Je crois lire à peu près notre histoire… la maison est plus calme depuis que notre pire tdah est soigné par methylphenidate, mais nous sortons d’un cauchemar de huit ans.

  4. Maman d’un enfant (12 ans) TDAH, qui fait parfois des crises sévères … je ne peux que compatir à ce que vous vivez. Tenez bon !! Vous faites de votre mieux.

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